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Homme en deuil assis parmi les ruines de Jérusalem, face au Temple détruit, dans une ambiance sombre évoquant Ticha BeAv
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Téfilines à Ticha BeAv : le matin ou à Min’ha ? Explication des différentes coutumes

À Ticha BeAv, beaucoup d’hommes ne mettent pas les Téfilines à Cha’harit et attendent Min’ha. Mais cette pratique n’est pas universelle : l’ancien minhag de Jérusalem consiste à les porter le matin. Pour comprendre cette apparente contradiction, il faut revenir au deuil, au mot pe’er, la « parure », et aux différentes traditions rapportées par les décisionnaires.

Homme en deuil assis parmi les ruines de Jérusalem, face au Temple détruit, dans une ambiance sombre évoquant Ticha BeAv
À Ticha BeAv, les Téfilines expriment à la fois l’absence de notre « parure » et l’espérance de la consolation.
La réponse en une minuteLes Téfilines sont appelées pe’er, une « parure » ou une marque de splendeur. Or Ticha BeAv est le jour du deuil national pour la destruction des deux Temples. De nombreuses communautés ont donc l’usage de ne pas porter cette parure pendant la partie la plus intense du deuil, le matin, puis de mettre Talit et Téfilines à Min’ha avec bénédiction. C’est le minhag rapporté par Maran dans le Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 555,1 : ne pas les mettre à Cha’harit, puis les mettre à Min’ha avec bénédiction. Mais il ne s’agit pas d’une interdiction valable pour tous les rites. Le minhag ancien de Jérusalem est de prier Cha’harit avec Talit et Téfilines ; Rav ‘Ovadia Yossef écrit que ce minhag « repose sur de hautes montagnes » et qu’il ne faut pas le modifier. Chacun doit donc suivre le minhag établi de sa communauté, sans créer deux pratiques publiques concurrentes dans une même synagogue.1

1. La réponse exacte : une question de moment et de minhag

La formulation habituelle, « Pourquoi ne met-on pas les Téfilines à Ticha BeAv ? », laisse entendre que la mitsva disparaîtrait durant toute la journée. Ce n’est pas ce que dit la halakha. Ticha BeAv n’est ni Chabbat ni Yom Tov : le jour lui-même reste, en principe, un jour où l’on accomplit la mitsva des Téfilines. Le Choul’han Aroukh mentionne d’ailleurs explicitement Ticha BeAv parmi les jours où l’on est tenu de les mettre.2 Ce qui change, dans beaucoup de communautés, est le moment de la pose. Le matin de Ticha BeAv concentre les manifestations les plus visibles du deuil : on s’assied à terre ou sur un siège bas, on lit les Kinot, et l’atmosphère demeure celle de la destruction. C’est dans ce cadre que le port de la « parure » est repoussé à Min’ha. Maran écrit :

נוהגים שלא להניח תפילין בתשעה באב שחרית… ובמנחה מניחים ציצית ותפילין ומברכים עליהם

« On a l’usage de ne pas mettre les Téfilines à Ticha BeAv le matin… et à Min’ha on met Tsitsit et Téfilines et l’on récite les bénédictions. » Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 555,1
Le mot décisif est nohagim : « on a l’usage ». Le texte codifie un minhag fort et largement accepté, mais l’histoire halakhique du sujet est plus ancienne et plus diverse. Des autorités ont considéré que l’on devait mettre les Téfilines le matin, car Ticha BeAv ne peut pas être plus sévère que le deuil individuel, où l’interdiction des Téfilines est limitée au premier jour. Cette approche explique les usages matinaux conservés dans certaines communautés séfarades.3

La priorité séfarade : suivre le minhag établi sans fabriquer une querelle

Le Yalkout Yossef distingue plusieurs conduites. Selon le minhag ancien de Jérusalem, on prie Cha’harit en public avec Talit et Téfilines. Là où l’usage public est de ne les mettre qu’à Min’ha, il écrit qu’il est souhaitable de mettre auparavant chez soi les Téfilines de Rachi et, pour celui qui les porte quotidiennement, celles de Rabbénou Tam, puis de réciter le Chéma avec elles. On les retire avant de rejoindre l’office public et l’on remet les Téfilines de Rachi à Min’ha avec bénédiction.1 Cette seconde pose à Min’ha ne constitue pas une bénédiction répétée inutilement : lorsqu’une personne retire ses Téfilines avec l’intention de les remettre bien plus tard, à l’office de l’après-midi, elle récite de nouveau la bénédiction selon le psak rapporté ici. La consigne de Rav Yossef est en outre très nette sur la vie communautaire : dans une même synagogue, une partie du kahal ne doit pas agir publiquement d’une manière et l’autre partie de façon opposée. La communauté se met d’accord sur une pratique publique commune et évite la formation de groupes opposés, en tenant compte notamment de la problématique de lo titgodedou.1
En pratiqueNe changez pas seul le rite public de votre synagogue sur la base d’un article, même très documenté. Suivez le minhag du lieu et l’indication du rav de la communauté. Le but de la halakha est ici de préserver à la fois la mitsva des Téfilines, la vérité du deuil et l’unité du kahal.

Pourquoi cette nuance est-elle essentielle ?

Parce qu’elle empêche deux erreurs opposées. La première serait de penser qu’un homme qui porte Talit et Téfilines à Cha’harit de Ticha BeAv transgresse la halakha : selon le minhag ancien de Jérusalem, il accomplit au contraire la pratique de sa communauté. La seconde serait de mépriser ceux qui attendent Min’ha : ils suivent la formulation explicite de Maran, adoptée par de nombreuses communautés séfarades et par les communautés ashkénazes. La diversité ne vient donc pas d’un désaccord sur la sainteté des Téfilines. Tous reconnaissent leur statut exceptionnel. La discussion porte sur la meilleure manière d’articuler deux vérités : Ticha BeAv reste un jour de mitsva, mais son matin est aussi le sommet annuel du deuil de Jérusalem. Pour comprendre pourquoi les Téfilines se trouvent précisément au centre de cette tension, il faut examiner le mot par lequel nos Sages les désignent : pe’er, la parure et la splendeur. Ce sera le cœur du chapitre suivant.

2. Pourquoi les Téfilines sont-elles appelées pe’er, la « parure » d’Israël ?

La raison la plus connue de l’absence des Téfilines à Cha’harit de Ticha BeAv tient en un seul mot hébreu : פְּאֵר, pe’er. On le traduit par « parure », « splendeur » ou « ornement d’honneur ». Mais il ne s’agit pas d’un joli qualificatif ajouté tardivement aux Téfilines. Ce mot se trouve au cœur d’un épisode prophétique particulièrement douloureux, et c’est à partir de cet épisode que la Guemara établit une règle concrète pour l’endeuillé.4

Le verset de Ye’hezkel : porter sa « parure » au milieu du deuil

Dans le chapitre 24 de Ye’hezkel, Hachem annonce au prophète que son épouse va mourir. Ye’hezkel reçoit alors un ordre exceptionnel : il ne devra pas adopter publiquement les manifestations ordinaires du deuil. Il lui est notamment dit :

הֵאָנֵק דֹּם מֵתִים אֵבֶל לֹא־תַעֲשֶׂה פְּאֵרְךָ חֲבוֹשׁ עָלֶיךָ

« Gémis en silence ; n’accomplis pas le deuil des morts ; attache sur toi ta parure. » Ye’hezkel 24,17
Dans le sens direct du verset, le mot pe’er désigne une coiffure honorable ou un couvre-chef : le Radak explique que l’endeuillé découvre normalement sa tête, tandis que Ye’hezkel reçoit ici l’ordre de conserver sa coiffure.5 Les Sages révèlent cependant une portée halakhique supplémentaire : cette « parure » désigne les Téfilines. La distinction est importante. Nous ne remplaçons pas le sens du verset ; nous suivons l’interprétation talmudique par laquelle ce verset devient la source du statut particulier des Téfilines pendant le deuil. Le raisonnement est d’une grande précision. Si Hachem ordonne spécialement à Ye’hezkel de garder sa parure alors qu’il lui interdit les rites ordinaires de deuil, c’est que l’endeuillé habituel, lui, ne la porte pas. Autrement, cet ordre n’aurait rien d’exceptionnel. La conduite atypique du prophète permet donc de comprendre la règle générale.

Ce que dit exactement la Guemara

Dans le traité Soucca, Rav enseigne qu’un endeuillé reste tenu d’accomplir les mitsvot de la Torah, à l’exception des Téfilines, car le terme pe’er est employé à leur sujet. La Guemara déduit de l’ordre donné à Ye’hezkel : « Toi, tu es tenu de les porter ; mais les autres endeuillés en sont exempts. » Elle précise ensuite que cette exemption concerne le premier jour du deuil, décrit par le verset comme un « jour amer ».6 La même construction apparaît dans le traité Mo’ed Katan : l’interdiction des Téfilines pour l’endeuillé est apprise de פְּאֵרְךָ חֲבוֹשׁ עָלֶיךָ. Cette source sera ensuite codifiée par Maran : l’endeuillé ne met pas les Téfilines le premier jour du deuil.7

Une parure qui porte le Nom d’Hachem

Pourquoi les Téfilines reçoivent-elles un titre aussi fort ? La Guemara, dans Berakhot, les décrit également comme une force donnée à Israël. À propos du verset « Tous les peuples de la terre verront que le Nom d’Hachem est appelé sur toi et ils te craindront », Rabbi Eliézer Hagadol enseigne : « Ce sont les Téfilines de la tête. »8 La Téfila chel roch se tient à l’endroit le plus visible du corps. Elle ne constitue pourtant pas un bijou au sens profane. Sa beauté vient de ce qu’elle rend manifeste l’attachement d’Israël à Hachem. Le noir sobre des batim et des retsouot, leur forme réglée avec une précision extrême et les parachiot cachées à l’intérieur ne cherchent pas à attirer l’œil par l’ornement. Ils expriment une dignité soumise à la Torah. Comme sofer, cette idée se ressent très concrètement à l’atelier. De l’extérieur, le boîtier est fermé, noir et silencieux. À l’intérieur, chaque lettre doit être présente, distincte et écrite dans l’ordre requis. La véritable parure des Téfilines n’est donc pas décorative : elle unit ce qui se voit, le signe porté sur le corps, à ce qui demeure caché, les paroles de la Torah écrites sur le parchemin. La splendeur n’est pas l’apparence seule ; elle est la fidélité de l’extérieur à ce qu’il contient.

Pourquoi ce symbole touche-t-il directement Ticha BeAv ?

Ticha BeAv transpose plusieurs lois du deuil individuel à l’échelle du peuple. La Michna et la Guemara enseignent que les pratiques applicables à l’endeuillé s’appliquent ce jour-là : on s’abstient notamment de manger et de boire, de se laver, de s’enduire, de porter des chaussures de cuir et d’avoir des relations conjugales.9 Cette comparaison explique pourquoi la question des Téfilines apparaît naturellement : si le peuple entier se tient comme un endeuillé devant la destruction du Temple, convient-il de porter sa parure ? C’est ici que naît la tension étudiée dans cet article. D’un côté, les Téfilines restent une mitsva du jour et l’interdiction de l’endeuillé individuel est limitée au premier jour. De l’autre, le matin de Ticha BeAv représente le moment où le deuil collectif s’exprime avec le plus d’intensité. Certaines communautés ont donc retiré la parure pendant Cha’harit et les Kinot, puis l’ont remise à Min’ha. D’autres ont conservé la pose du matin, en considérant qu’il ne fallait pas étendre l’exemption de l’endeuillé à toute la journée de Ticha BeAv. Le mot pe’er ne suffit donc pas, à lui seul, à fixer une heure identique pour toutes les communautés. Il fournit le sens profond du minhag : lorsque les Téfilines ne sont pas portées le matin, leur absence exprime le retrait de la splendeur d’Israël. Mais pour déterminer si cette idée impose une abstention complète, un report à Min’ha ou une pose matinale, il faut ouvrir le dossier des Guéonim et des Richonim. C’est précisément l’objet du prochain chapitre.

3. Ticha BeAv et le statut de l’endeuillé : une comparaison réelle, mais pas absolue

Pour comprendre la question des Téfilines à Ticha BeAv, il faut éviter deux raccourcis. Le premier consiste à dire : « Ticha BeAv est un jour de deuil, donc toutes les lois de la chiva s’y appliquent automatiquement. » Le second affirme l’inverse : « Il s’agit seulement d’un jeûne collectif, donc les lois de l’endeuillé n’ont rien à voir avec cette journée. » Les deux formulations sont trop simples. La Guemara établit explicitement un lien entre Ticha BeAv et le deuil individuel. Mais ce lien possède un périmètre précis : certaines restrictions de l’endeuillé deviennent celles de tout Israël, tandis que d’autres règles ne sont pas transposées de manière identique. C’est dans cet espace, entre ressemblance et différence, que s’est développée la discussion sur les Téfilines.

« Toutes les pratiques de l’endeuillé s’appliquent à Ticha BeAv »

Dans le traité Ta’anit, les Sages enseignent :

כל מצות הנוהגות באבל נוהגות בתשעה באב

« Toutes les pratiques qui s’appliquent à l’endeuillé s’appliquent à Ticha BeAv. » Talmud Bavli, Ta’anit 30a
La Baraïta détaille immédiatement ce qu’elle inclut : manger, boire, s’enduire, porter des chaussures et avoir des relations conjugales sont interdits. Elle ajoute la restriction de l’étude habituelle de la Torah : Torah, Neviim, Ketouvim, Michna, Talmud, Midrach, halakhot et aggadot ne sont pas étudiés comme un jour ordinaire. On peut en revanche apprendre les sujets liés au deuil et à la destruction, notamment Iyov, les Kinot et les passages douloureux de Yirmiyah.10 Le principe est limpide : Ticha BeAv ne consiste pas seulement à avoir faim. Le jeûne engage le corps, l’étude, la posture et l’atmosphère de la journée. Israël ne se contente pas de se souvenir d’un événement ancien ; il prend collectivement la place de l’endeuillé.

Pourquoi limiter l’étude de la Torah ?

Cette restriction permet de comprendre la nature du deuil. L’étude de la Torah est normalement une mitsva permanente, tout comme la pose des Téfilines demeure une mitsva fondamentale. Pourtant, à Ticha BeAv, l’étude ordinaire est limitée parce que « les préceptes d’Hachem sont droits, ils réjouissent le cœur ». La halakha ne considère donc pas seulement la catégorie technique de chaque commandement ; elle tient également compte de ce que la mitsva exprime dans ce moment particulier.11 Il en va de même pour les Téfilines dans les communautés qui les repoussent à Min’ha. Elles ne deviennent ni interdites par nature ni moins saintes. Mais leur caractère de pe’er semble difficile à associer aux heures où le deuil atteint son expression la plus intense. Voilà pourquoi la comparaison avec l’endeuillé est pertinente.
Point comparé Ticha BeAv Deuil individuel
Nature Deuil collectif fixé chaque année pour la destruction et les malheurs survenus à cette date. Deuil personnel déclenché par le décès d’un proche soumis aux lois de la avelout.
Manger et boire Jeûne complet, de la veille au soir jusqu’à la fin du jour. Il n’existe pas de jeûne général pendant les sept jours de deuil.
Lavement, onction, chaussures et intimité Ces restrictions sont explicitement appliquées par la Baraïta. Elles appartiennent également aux principales restrictions de la chiva.
Étude de la Torah L’étude réjouissante est écartée ; les textes liés à la destruction et au deuil sont permis. L’endeuillé est aussi limité dans son étude, avec des domaines douloureux autorisés.
Position assise basse Usage de s’asseoir bas pendant la partie la plus intense du deuil, et non nécessairement toute la journée. L’assise basse caractérise la période de chiva.
Téfilines Le moment de la pose dépend du minhag : Cha’harit, pose privée avant Cha’harit, ou Min’ha. L’endeuillé ne les met pas le premier jour ; il les remet ensuite selon les règles de la avelout.

La limite essentielle : Ticha BeAv n’est pas une chiva miniature

La phrase de la Guemara ne signifie donc pas que chaque détail positif du deuil individuel doit être copié à Ticha BeAv. Le Tour explique que le principe vise les interdictions et les restrictions rapportées par les Sages ; il ne transforme pas automatiquement la journée en sept jours de deuil condensés. Ainsi, l’usage de s’asseoir à terre ou sur un siège bas rappelle l’endeuillé, mais il n’est pas traité avec la même sévérité pendant toutes les heures du jeûne. Le Choul’han Aroukh rapporte que l’on s’assied à terre jusqu’à Min’ha, tandis que d’autres usages permettent de reprendre une assise normale plus tôt.12 Cette distinction est capitale pour notre sujet. On ne peut pas prendre une règle de la chiva, la déposer mécaniquement sur Ticha BeAv et déclarer le dossier clos. Il faut vérifier si cette règle a été expressément incluse, comment les Richonim ont compris l’analogie, puis comment le minhag a été fixé.

Le premier jour de deuil est-il comparable à Ticha BeAv ?

Pour l’endeuillé individuel, les Téfilines occupent une place particulière. La Guemara de Mo’ed Katan discute du moment où elles sont remises et conclut que l’on peut les porter à partir du deuxième jour, après l’accomplissement du début de cette journée selon les détails rapportés par les décisionnaires. Le Rambam formule la règle de façon resserrée : l’endeuillé est exempt des Téfilines « le premier jour seulement ». Maran retient également l’interdiction du premier jour, puis l’obligation de les mettre à partir de la suite du deuil.13 Mais Ticha BeAv correspond-il à ce « premier jour » ? C’est précisément là que les avis commencent à diverger.
  • Certains comprennent que Ticha BeAv concentre la douleur initiale du deuil national : la parure ne convient donc pas au matin de cette journée.
  • D’autres répondent que le deuil de Ticha BeAv ne peut pas devenir plus sévère que le deuil individuel : puisque l’interdiction des Téfilines y est limitée, il faut continuer à accomplir la mitsva.
  • Une troisième construction pratique conserve les deux dimensions : on ne les porte pas pendant Cha’harit public et les Kinot, mais on les met chez soi auparavant ou à Min’ha.
Ces trois lignes ne représentent pas encore le psak final des communautés. Elles montrent le problème halakhique que les Guéonim et les Richonim devront résoudre. Nous pouvons maintenant ouvrir la discussion des premières autorités. Nous verrons que les sources anciennes ne décrivent pas une pratique unique : certains Guéonim et de nombreux Richonim maintiennent la pose matinale, tandis que d’autres justifient l’absence des Téfilines. Ce dossier permettra ensuite de comprendre pourquoi Maran a codifié l’usage de les mettre à Min’ha et pourquoi Jérusalem a conservé une autre tradition.

Chapitre 4

Guéonim et Richonim : pourquoi les premières autorités ne décrivent-elles pas toutes le même usage ?

La question qui nous paraît aujourd’hui très pratique, « les Téfilines à Cha’harit ou à Min’ha ? », n’est pas formulée explicitement comme telle dans la Guemara. Les premières réponses détaillées apparaissent dans la littérature des Guéonim, puis les Richonim organisent les sources autour de deux lectures du deuil. Ce retour aux textes est indispensable : il montre que le débat ne porte pas sur l’importance de la mitsva, mais sur le statut exact du matin de Ticha BeAv.1416

Rav Chachna Gaon : un deuil ancien ne devient pas plus sévère que le premier jour

Une réponse attribuée à Rav Chachna Gaon affirme que l’on peut, et même que l’on doit, mettre les Téfilines à Ticha BeAv. Son raisonnement repose directement sur la comparaison avec l’endeuillé individuel : si, dans un deuil récent, les Téfilines sont remises après le premier jour, à plus forte raison ne faudrait-il pas supprimer la mitsva pendant un deuil ancien, celui de la destruction du Temple. La réponse conclut que telle était la pratique des deux grandes yéchivot de Babylonie.14

בתשעה באב גופו מותר להניח תפילין

Responsa des Guéonim, Cha’aré Techouva, siman 155, « Le jour même de Ticha BeAv, il est permis de mettre les Téfilines. »
Cette réponse ne banalise nullement Ticha BeAv. Elle fixe une frontière juridique : l’expression « comme un endeuillé » ne suffit pas à importer l’exemption propre au tout premier jour d’une avelout récente. Rav Haï Gaon est également rapporté comme autorisant les Téfilines ce jour-là, et le Rachba rattache cet avis à la ligne retenue par le Ramban.15

Le Ramban, les Tossafot et le Roch : maintenir la mitsva

Dans le Torat HaAdam, le Ramban écrit sans détour que l’on est tenu à la mitsva des Téfilines à Ticha BeAv. Les Tossafot, dans leur discussion sur les lois de l’endeuillé, rapprochent Ticha BeAv non du premier jour dans toute sa rigueur, mais des jours suivants où les Téfilines reprennent leur place. Le Roch rapporte lui aussi l’opinion qui les rend obligatoires et conteste l’idée de traiter ce jour plus sévèrement que ne le font les sources talmudiques.16 Le point commun de cette famille d’avis est facile à manquer. Ces autorités ne disent pas que les Téfilines cessent d’être une parure. Elles disent que le langage symbolique du deuil ne peut, à lui seul, abolir une obligation positive pendant toute la journée. Autrement dit, le mot pe’er explique la sensibilité du sujet, mais la règle pratique dépend encore de la manière dont Ticha BeAv est juridiquement comparé à l’endeuillé.16

Le Maharam de Rothenburg et le Rokéa’h : le matin porte la douleur de la chute

Une autre ligne se dessine dans les communautés d’Europe. Le Maharam de Rothenburg ne mettait pas les Téfilines à Ticha BeAv. Il justifie cette conduite par l’intensité unique de la journée : Ticha BeAv est le jour fixé pour les pleurs des générations. Le Roch rapporte cette position, tout en ne l’adoptant pas comme conclusion générale.17 Le Rokéa’h donne à l’usage une formulation biblique particulièrement forte. Pour l’absence du Talit, il invoque l’image d’Eikha : « Il a déchiré Sa tente comme un jardin ». Pour les Téfilines, il se réfère au verset : « Il a jeté du ciel sur la terre la splendeur d’Israël ». La tiféret, la splendeur d’Israël, étant abaissée, la parure que sont les Téfilines n’est pas montrée pendant le temps le plus sombre du deuil.17

Le Raavad, le Rambam et le Méïri : entre droit strict et conduite de deuil

Le Raavad rapporte l’opinion interdisant les Téfilines à Ticha BeAv, puis décrit sa propre conduite avec prudence : il ne les mettait pas et préférait placer de la cendre à l’endroit des Téfilines. Sa formulation ne transforme toutefois pas nécessairement cette conduite personnelle en interdiction incontestée pour tous.18 Le Rambam ne présente pas une interdiction générale des Téfilines. Dans les lois des jeûnes, il écrit que certains Sages ne mettaient pas les Téfilines de la tête à Ticha BeAv. Le Maguid Michné comprend qu’en droit strict on peut les porter comme les autres jours et que le texte du Rambam décrit une conduite adoptée par certains. Le Méïri tient une ligne voisine : il rapporte l’usage de ne pas les mettre comme une belle coutume de deuil, sans effacer le fondement de l’avis permissif.1920
Autorité Position rapportée Idée directrice
Rav Chachna Gaon Les Téfilines sont mises à Ticha BeAv. Un deuil ancien ne justifie pas une exemption plus large que celle de l’endeuillé individuel.
Rav Haï Gaon et Ramban La mitsva demeure obligatoire. L’analogie avec le premier jour de deuil n’est pas retenue pour supprimer la pose.
Tossafot et Roch La pose est défendue comme règle de fond. Ticha BeAv se rapproche davantage des jours où l’endeuillé remet les Téfilines.
Maharam de Rothenburg Abstention à Ticha BeAv. La douleur nationale du jour est d’une intensité exceptionnelle.
Rokéa’h Absence des Téfilines dans le temps du deuil. La « splendeur d’Israël » a été jetée à terre ; la parure est retirée.
Rambam, selon le Maguid Michné Certains Sages ne mettaient pas la Téfila chel roch ; la permission fondamentale subsiste selon le Maguid Michné. Une conduite de deuil peut dépasser le strict minimum juridique.

Comment des avis différents conduisent-ils à la pratique de Min’ha ?

À première lecture, le dossier semble binaire : soit la mitsva s’applique, soit le deuil l’écarte. La pratique reçue dans de nombreuses communautés crée pourtant une articulation plus fine. Elle conserve le retrait de la parure pendant Cha’harit, la lecture d’Eikha et les Kinot, puis elle remet les Téfilines lorsque le deuil commence à s’alléger dans l’après-midi. La mitsva n’est donc pas abandonnée ; son accomplissement est déplacé à l’intérieur de la journée.21
Passage du matin à Min'ha pour la pose des Téfilines à Ticha BeAv
Dans de nombreuses communautés, la parure retirée le matin retrouve sa place à Min’ha. Illustration symbolique : la conduite effective dépend toujours du minhag local.
Cette solution ne signifie pas que toutes les autorités anciennes auraient formulé exactement le même compromis. Elle exprime le travail de la halakha et du minhag à travers les générations : préserver simultanément la gravité du matin et l’obligation des Téfilines. Elle prépare surtout la formulation de Maran, qui réunit deux données apparemment contradictoires : dans les lois générales des Téfilines, il écrit qu’elles sont obligatoires à Ticha BeAv ; dans les lois propres au jeûne, il rapporte l’usage de ne pas les mettre le matin et de les porter à Min’ha.21
Ce qu’il faut retenir de ce chapitreLes sources anciennes ne permettent pas d’affirmer que « les Téfilines sont interdites à Ticha BeAv ». Plusieurs Guéonim et Richonim maintiennent explicitement la mitsva ; d’autres justifient leur retrait au nom du deuil et de la splendeur d’Israël tombée. La pratique de Min’ha préserve ces deux dimensions. Le prochain chapitre montrera précisément comment Maran codifie cet équilibre.

Chapitre 5

Que tranche exactement le Choul’han Aroukh sur les Téfilines à Ticha BeAv ?

Deux passages de Maran Rabbi Yossef Karo doivent être lus ensemble. Si l’on n’en cite qu’un, on risque d’aboutir à une réponse incomplète. Dans les lois générales des Téfilines, Maran affirme que l’on est tenu de les mettre à Ticha BeAv. Dans les lois particulières du jeûne, il rapporte le minhag de ne pas les mettre à Cha’harit, puis de les porter à Min’ha avec bénédiction. Ce ne sont pas deux décisions contradictoires : la première établit l’obligation de la journée, la seconde en règle le moment selon le minhag rapporté.2223
Ora’h ‘Haïm 38,6 L’obligation demeureבתשעה באב חייבין בתפילין « À Ticha BeAv, on est tenu aux Téfilines. » Le jour n’est ni Chabbat ni Yom Tov et la mitsva n’est pas supprimée.
Ora’h ‘Haïm 555,1 Le minhag règle le momentOn ne met pas Talit et Téfilines à Cha’harit selon l’usage rapporté ; on les met à Min’ha et l’on récite leurs bénédictions.

Premier texte : « À Ticha BeAv, on est tenu aux Téfilines »

Le siman 38 traite des personnes et des moments soumis ou non à la mitsva. Maran y distingue notamment l’endeuillé du premier jour, qui est exempt, de Ticha BeAv, pour lequel il écrit explicitement : בתשעה באב חייבין בתפילין. La formulation est celle d’une obligation, non d’une simple permission. Elle rejoint la ligne du Ramban, du Roch et d’autres Richonim étudiés au chapitre précédent.22 Cette phrase ferme la porte à une erreur fréquente : l’absence des Téfilines pendant Cha’harit, là où tel est le minhag, ne signifie pas que la personne serait dispensée de la mitsva pendant toute la journée. Même selon cet usage, il faut prévoir leur pose au moment retenu par la communauté. En pratique, la journée ne doit pas s’achever sans Téfilines lorsque l’homme est normalement astreint à cette mitsva et en mesure de l’accomplir.2225

Second texte : « On a l’usage de ne pas les mettre à Cha’harit »

Dans le siman 555, consacré aux Téfilines et aux tsitsit à Ticha BeAv, Maran choisit un autre registre : nohegu, « on a l’usage ». Il écrit que l’on ne met pas les Téfilines le matin, que l’on ne s’enveloppe pas du Talit gadol, que l’on porte le Talit katan sous les vêtements sans bénédiction, puis qu’à Min’ha on met les tsitsit et les Téfilines en récitant les bénédictions.23

ובמנחה מניחים ציצית ותפילין ומברכים עליהם

Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 555,1, « À Min’ha, on met les tsitsit et les Téfilines et l’on récite les bénédictions. »
Chaque mot compte. Maran ne dit pas : « les Téfilines sont interdites à Ticha BeAv ». Il décrit un usage matinal, puis ordonne concrètement leur retour à Min’ha. Le Beit Yossef avait déjà rapporté que l’usage répandu consistait à ne pas les mettre pendant Cha’harit et à les mettre pendant Min’ha. Les Hagahot Maïmoniyot témoignent également d’une pose à Min’ha chez le Maharam de Rothenburg, malgré la sévérité de sa conduite pendant la partie matinale du deuil.24

Pourquoi l’obligation peut-elle être accomplie à Min’ha ?

La mitsva des Téfilines appartient aux jours de semaine, mais son accomplissement minimal n’exige pas qu’elles restent portées sans interruption toute la journée. Les décisionnaires expliquent qu’une pose valable au cours de la journée permet d’accomplir la mitsva. Le report à Min’ha ne transforme donc pas une obligation en simple souvenir : la personne accomplit réellement la mitsva, dans son temps, avec les bénédictions prévues.25 Il faut cependant anticiper. Celui qui suit le minhag de Min’ha ne doit pas attendre la fin du jeûne avec légèreté, au risque de manquer la pose. S’il prévoit une contrainte particulière, trajet, soins, travail indispensable ou absence de Téfilines à l’office, il doit demander à son rav comment organiser la mitsva dans le cadre de son minhag. L’article présente les règles générales ; une difficulté personnelle se tranche avec une autorité rabbinique qui connaît la situation.

Pourquoi précisément Min’ha ?

Maran indique le moment sans développer sa raison. Le Maguen Avraham explique le retrait matinal par le statut des Téfilines, appelées pe’er, la parure ; il rattache également l’absence du Talit à l’image d’Eikha, « Il a déchiré Sa tente ». Des commentaires postérieurs expliquent le retour à Min’ha par l’allègement visible de certaines manifestations du deuil et par l’entrée, au cœur même de la destruction, d’une première dimension de consolation.27 La Michna Beroura rapporte ainsi deux formulations. Selon l’une, l’incendie du Temple commença alors et la colère divine se déversa sur le bois et les pierres plutôt que sur Israël ; selon l’autre, remettre la parure manifeste qu’une consolation existe déjà au sein de notre deuil. Ces explications éclairent le minhag ; elles ne doivent toutefois pas être présentées comme les propres mots de Maran, qui se contente de codifier le passage du matin à Min’ha.27

Lire le Chéma sans Téfilines : est-ce un « faux témoignage » ?

La question est légitime, car la Guemara compare celui qui récite le Chéma sans Téfilines à une personne qui porte un témoignage mensonger contre elle-même : elle prononce « tu les attacheras » sans accomplir ce qu’elle déclare. Pourtant, les commentateurs précisent que cette critique vise notamment le mépris ou le rejet de la mitsva. Lorsqu’une personne suit un minhag de deuil reconnu et prévoit de mettre les Téfilines plus tard dans la même journée, elle n’abandonne pas l’obligation.26 Pour donner néanmoins au Chéma sa forme la plus complète, le Yalkout Yossef recommande, dans les communautés qui prient publiquement sans Téfilines à Cha’harit, que chacun les mette auparavant chez lui, après les Birkot HaTorah, et récite le Chéma avec elles. Il les retire ensuite avant de rejoindre l’office, puis les remet à Min’ha avec bénédiction. Cette conduite est une orientation séfarade importante, mais elle ne doit pas servir à créer une démonstration publique contraire au minhag de la synagogue.1

Le psak de Maran est-il le dernier mot pour toutes les communautés séfarades ?

Il constitue le point de départ incontournable de la halakha séfarade. Mais Maran lui-même formule ici un minhag, et non une interdiction absolue. Or certaines communautés possédaient une tradition antérieure ou solidement établie de porter Talit et Téfilines dès Cha’harit. C’est notamment le dossier du minhag ancien de Jérusalem, appuyé par les usages kabbalistiques de Beit El et défendu par Rav ‘Ovadia Yossef. Il n’y a donc pas lieu de fabriquer une uniformité historique qui n’a jamais existé.1 La bonne méthode est désormais claire : commencer par Maran, identifier ensuite le minhag transmis par la communauté, puis consulter les grands décisionnaires séfarades qui l’ont documenté. Le chapitre suivant appliquera cette méthode aux traditions du Maroc, d’Algérie, de Tunisie, de Turquie, du Proche-Orient et des communautés liées au minhag de Jérusalem.
Conclusion halakhique du chapitreLe Choul’han Aroukh maintient l’obligation des Téfilines à Ticha BeAv. Selon le minhag qu’il rapporte au siman 555, on retire la parure le matin et on accomplit la mitsva à Min’ha avec bénédiction. Les communautés qui possèdent un minhag établi de Cha’harit ont toutefois sur quoi s’appuyer ; la conduite concrète dépend donc du minhag communautaire reconnu, et non d’un choix improvisé le jour du jeûne.

Chapitre 6

Minhaguim séfarades : pourquoi la communauté compte davantage que l’étiquette du pays

Il n’existe pas un unique « minhag séfarade » des Téfilines à Ticha BeAv. Les communautés ont reçu plusieurs usages appuyés sur des autorités reconnues. Certaines portent Talit et Téfilines pendant Cha’harit. Certaines les mettent d’abord chez soi pour réciter le Chéma, puis prient publiquement sans elles et les remettent à Min’ha. D’autres attendent Min’ha, même en privé. Rav ‘Ovadia Yossef reconnaît les minhaguim établis, tout en accordant une force particulière à l’ancien minhag de Jérusalem et en encourageant son rétablissement lorsqu’une communauté l’adopte de manière organisée.1
Quatre traditions architecturales séfarades autour du Talit et des Téfilines à Ticha BeAv
Des décors différents, une même fidélité à la mitsva. Cette illustration évoque la diversité séfarade ; elle ne prétend pas attribuer un psak à une architecture ou à un pays.

Jérusalem et la tradition de Beit El : Talit et Téfilines à Cha’harit

Le minhag ancien de Jérusalem consiste à prier Cha’harit en public avec Talit et Téfilines. Cette pratique est notamment associée à la tradition des mekoubalim de Beit El et au Rashach, Rabbi Chalom Charabi. Le Kaf Ha’haïm rapporte cet usage, et Rav ‘Ovadia Yossef lui donne une assise halakhique très forte : il écrit qu’il est fondé « sur de hautes montagnes » et qu’il ne faut pas le modifier. Dans certains témoignages et certains usages, on retire les Téfilines après la ‘Amida ou avant les Kinot. Le moment précis du retrait dépend toutefois du rite établi de la synagogue.28 Le Yalkout Yossef va plus loin qu’une simple tolérance : il considère que ceux qui souhaitent rétablir cette ancienne couronne font une belle chose. Mais cette phrase ne donne pas à un particulier le droit de provoquer une division dans une synagogue qui suit publiquement Min’ha. Le même texte exige que la communauté adopte une conduite commune et évite que deux groupes opposés se forment au même office.1

Bagdad selon le Ben Ich ‘Haï : la pose privée avant Cha’harit

Rabbi Yossef ‘Haïm de Bagdad décrit une construction intermédiaire. Le matin, l’homme met chez lui le Talit et les Téfilines, puis récite le Chéma avec eux. Il les retire ensuite et rejoint la synagogue pour Cha’harit sans Talit ni Téfilines. Le Ben Ich ‘Haï critique le fait de ne rien mettre du tout jusqu’à Min’ha : la pose privée permet donc de respecter à la fois la mitsva, le Chéma et l’atmosphère publique de deuil.29 Cette conduite a une importance particulière pour le public francophone, où des fidèles issus de rites différents prient souvent ensemble. Elle permet de ne pas afficher une pratique divergente pendant l’office tout en maintenant une pose matinale. Mais elle n’est pas automatiquement la solution de toutes les communautés : certains décisionnaires marocains, par exemple, ont défendu précisément l’usage de ne pas les mettre le matin, même chez soi, sauf cadre kabbalistique particulier.30

Maroc : la défense ferme du minhag de Min’ha par Rav Chalom Messas

Dans le Chemech Oumaguen, Rav Chalom Messas défend la tradition consistant à ne pas porter Talit et Téfilines le matin de Ticha BeAv et à les mettre à Min’ha. Il refuse que l’expression « rendre la couronne à son état ancien » serve à effacer le minhag reçu des pères. Pour lui, ce minhag est lui-même une Torah vivante, enracinée dans la conception des Téfilines comme pe’er et dans la conduite de deuil transmise par les générations.30 Rav Chalom Messas aborde aussi la pose discrète à domicile. Sa réserve est plus forte que celle du Yalkout Yossef : dans le cadre marocain qu’il défend, cette conduite matinale privée est destinée à celui qui appartient réellement au monde des mekoubalim, et non à toute personne souhaitant changer son habitude. Un fidèle de tradition marocaine ne doit donc pas mélanger automatiquement deux systèmes cohérents ; il suit la décision reçue de ses rabbanim et le minhag vivant de sa synagogue.30

Alep et les communautés qui combinent pose privée et Min’ha publique

La pose à domicile avant Cha’harit n’appartient pas uniquement au Ben Ich ‘Haï. Elle est également attestée dans des traditions contemporaines d’Aram Tsova : on met Talit et Téfilines en privé, on récite le Chéma, puis on rejoint un Cha’harit public sans eux et on les remet à Min’ha. Cette structure est précisément celle que Rav ‘Ovadia Yossef recommande aux communautés qui ont conservé le psak de Maran de ne les porter publiquement qu’à Min’ha.31

Autres traditions séfarades et nord-africaines

D’autres communautés séfarades et nord-africaines ont conservé des usages variables. Les renseignements disponibles ne permettent pas d’attribuer avec certitude une conduite unique à un pays entier, car les pratiques peuvent différer selon la ville, la synagogue et la lignée rabbinique. Il serait donc imprécis d’écrire qu’un pays entier met nécessairement les Téfilines le matin ou à Min’ha. La référence la plus fiable reste le minhag effectivement transmis dans la famille et maintenu par la synagogue, confirmé par un rav qui connaît les sources de cette communauté.
Tradition documentée Conduite le matin Conduite à Min’ha Référence directrice
Minhag ancien de Jérusalem Talit et Téfilines pendant Cha’harit public ; retrait au moment prévu par le rite local. Pas de seconde pose exigée par ce modèle, sauf conduite personnelle fondée. Rashach, Kaf Ha’haïm, Rav ‘Ovadia Yossef.
Ben Ich ‘Haï, Bagdad Pose privée à domicile et récitation du Chéma, puis office public sans eux. Pose publique selon le seder de la communauté. Ben Ich ‘Haï, Devarim, première année, § 25.
Maroc selon Rav Chalom Messas Pas de pose le matin selon le minhag défendu ; ne pas introduire seul la pratique privée. Talit et Téfilines. Chemech Oumaguen II, Ora’h ‘Haïm, siman 6 ; III, siman 7.
Communautés suivant Maran avec conseil du Yalkout Yossef Pose privée avant Cha’harit avec le Chéma, puis office public sans Téfilines. Nouvelle pose avec bénédictions. Yalkout Yossef, siman 555, § 1.
Autres traditions nord-africaines Variable selon la ville, la synagogue et les autorités locales. Souvent Min’ha, avec détails locaux à vérifier. Recueils communautaires ; décision du rav du kahal.

Que faire lorsqu’on ne connaît pas son minhag ?

  1. Demander avant le jeûne au rav ou au responsable compétent de la synagogue si le kahal met les Téfilines à Cha’harit ou à Min’ha.
  2. Préciser son origine familiale et, si on le sait, la pratique de son père : « séfarade » ou « maghrébin » ne suffit pas toujours.
  3. Ne pas improviser publiquement une pratique différente de celle de l’office. L’unité du kahal est elle-même une donnée halakhique.33
  4. Préparer la pose à Min’ha si tel est l’usage : emporter les Téfilines et arriver suffisamment tôt pour les mettre avec calme et correctement.
Le Or LéTsion écrit que les communautés qui les mettent à Cha’harit comme celles qui les mettent à Min’ha peuvent maintenir leur minhag. Il ajoute néanmoins qu’il est préférable de les mettre à Cha’harit. Cette préférence ne permet pas à un particulier de modifier seul la conduite publique de sa synagogue.33
La règle d’or séfaradeNe choisissez pas entre Cha’harit et Min’ha à partir d’une vidéo, d’un tableau ou d’une origine nationale trop générale. Identifiez le minhag de votre communauté, vérifiez votre tradition familiale et suivez la décision du rav du kahal. Les deux grands cadres, Cha’harit selon l’ancien minhag de Jérusalem, ou Min’ha selon le minhag codifié par Maran, possèdent des fondements solides. Selon Rav ‘Ovadia Yossef, l’ancien minhag de Jérusalem bénéficie toutefois d’un appui particulier.

Chapitre 7

Le minhag ancien de Jérusalem selon Rav ‘Ovadia Yossef

Lorsque Rav ‘Ovadia Yossef défend la pose des Téfilines à Cha’harit de Ticha BeAv, il ne crée pas une nouveauté et ne se contente pas d’une préférence personnelle. Dans Ye’havé Da’at, tome II, siman 67, puis dans le ‘Hazon ‘Ovadia, il rassemble des témoignages montrant que cet usage était ancien à Jérusalem, qu’il fut conservé par les mekoubalim de Beit El et qu’il se diffusa ensuite dans de nombreuses synagogues séfarades de la ville.34

Un témoignage de l’année 5269

Rav ‘Ovadia cite notamment un témoignage reproduit dans le livre ‘Haïm Va’Hessed du Rav ‘Haïm Its’hak Moussafia, à partir d’un recueil de décisions des rabbanim de Jérusalem daté de l’année 5269, soit 1508 ou 1509. Rav ‘Ovadia comprend ce témoignage comme attestant qu’à l’époque du naguid Rabbi Its’hak HaCohen Choulal, les fidèles de Jérusalem priaient Cha’harit de Ticha BeAv avec les Téfilines. Le passage rapporte aussi que Rabbénou Its’hak Abouhav les retirait après la ‘Amida, avant les Kinot.35 Cette date a un poids particulier dans l’argumentation. Le témoignage précède la publication du Choul’han Aroukh. Rav ‘Ovadia peut donc présenter la pose matinale non comme une réaction tardive contre Maran, mais comme un minhag local ancien que la codification n’avait pas pour objet d’abolir.3435
5269, 1508 ou 1509 Les rabbanim de JérusalemUn témoignage cité rapporte Cha’harit avec Téfilines et leur retrait après la ‘Amida, avant les Kinot.
Tradition de Beit El Le Rashach et les mekoubalimTalit et Téfilines sont portés à Cha’harit selon l’usage de Beit El ; les règles ordinaires de bénédiction de chaque paire demeurent inchangées.
Diffusion à Jérusalem Des synagogues des nouveaux quartiersLe minhag de Beit El se répand, tandis que certaines anciennes synagogues conservent la pratique de Min’ha.
Psak contemporain Rav ‘Ovadia YossefLe minhag est confirmé comme solidement fondé ; l’unité de chaque synagogue demeure prioritaire.

Beit El : une pratique publique, pas seulement privée

Le ‘Hessed LaAlafim témoigne que les initiés de Jérusalem suivant la voie du Ari zal et du Rashach mettaient les Téfilines de Rachi et de Rabbénou Tam à Cha’harit de Ticha BeAv dans le kahal de Beit El. Le Kaf Ha’haïm confirme que l’on y portait Talit et Téfilines selon les règles ordinaires de ce rite, sans modifier le déroulement habituel de la prière, et que quelques autres synagogues avaient adopté le même usage.36 Ce détail répond à une objection fréquente. Il ne s’agissait pas uniquement de quelques individus mettant les Téfilines discrètement chez eux. À Beit El, la pratique était communautaire et visible. C’est précisément cette dimension collective qui lui donne le statut d’un minhag de synagogue, et non celui d’une préférence que chacun pourrait introduire isolément.36

Le minhag s’est-il imposé dans toute Jérusalem ?

Non, et cette nuance renforce plutôt qu’elle n’affaiblit le dossier. Rav ‘Ovadia cite le Kiryat ‘Hanna David, qui rapporte la diffusion de la pose matinale dans les synagogues et maisons d’étude des nouveaux quartiers de Jérusalem. Mais il mentionne aussi des synagogues anciennes de la Vieille Ville qui continuaient à agir conformément au siman 555 du Choul’han Aroukh, en attendant Min’ha. La synagogue Rabban Yo’hanan ben Zakaï est notamment citée comme ayant conservé cette autre tradition.37 Il serait donc inexact d’écrire : « À Jérusalem, tout le monde a toujours mis les Téfilines le matin. » La formulation rigoureuse est la suivante : Jérusalem possède un minhag ancien, largement attesté et diffusé, de les porter à Cha’harit, tandis que certaines communautés hiérosolymitaines ont maintenu le minhag de Min’ha. Rav ‘Ovadia défend fortement la pratique matinale, tout en exigeant que la coexistence des minhaguim ne devienne pas une dispute au sein d’un même office.3437

La conduite exacte selon ce minhag

Étape Conduite Point d’attention
Avant Cha’harit On s’enveloppe du Talit et l’on met les Téfilines avec les bénédictions ordinaires. Celui qui met Rabbénou Tam chaque jour suit les directives de son rite.
Pendant l’office On récite le Chéma et la ‘Amida avec les Téfilines. La mitsva et le Chéma restent associés comme un jour ordinaire.
Avant les Kinot On les retire au moment fixé par le rite local ; certains témoignages parlent d’un retrait après la ‘Amida, avant les Kinot. Les Kinot sont ainsi récitées sans la « parure ».
Vie communautaire Toute la synagogue adopte la même pratique publique. On évite deux groupes visibles dans le même kahal.
Cette organisation répond aux deux dimensions du jour. Le Chéma et la ‘Amida sont récités avec les Téfilines, conformément au poids donné par Rav ‘Ovadia à l’obligation et au minhag ancien. Puis, au moment où la communauté entre dans les Kinot, la parure est retirée et le deuil de Jérusalem occupe tout l’espace.3435

Peut-on adopter seul le minhag de Jérusalem ?

Pas publiquement contre le rite de sa synagogue. Le Yalkout Yossef loue ceux qui rétablissent ce minhag dans un cadre communautaire approprié, mais il demande dans le même passage que le kahal se mette d’accord et n’affiche pas deux conduites concurrentes. Un fidèle qui prie dans une synagogue où tous attendent Min’ha ne doit donc pas arriver seul avec Talit et Téfilines au nom de Jérusalem. Il consulte le rav du lieu et suit l’organisation retenue.38
Conclusion selon Rav ‘Ovadia YossefPrier Cha’harit de Ticha BeAv avec Talit et Téfilines est un minhag ancien et solidement fondé de Jérusalem. Rav ‘Ovadia lui accorde une préférence claire et loue les communautés qui le rétablissent de manière organisée. Là où la communauté attend Min’ha, on ne provoque pas de division, et l’on peut suivre la conduite privée indiquée par le Yalkout Yossef. Dans tous les cas, on préserve l’unité de la synagogue.

Chapitre 8

Le minhag ashkénaze : pourquoi attend-on généralement Min’ha ?

Dans la grande majorité des communautés ashkénazes, la conduite publique est simple : à Cha’harit de Ticha BeAv, on ne met ni le Talit gadol ni les Téfilines ; à Min’ha, on les met avec leurs bénédictions. Cette pratique suit mot pour mot le Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 555,1. Le Rama n’ajoute ici aucune coutume ashkénaze divergente, et les grands résumés ashkénazes présentent cette conduite comme l’usage reçu.39 Il faut donc éviter deux simplifications. Premièrement, les Ashkénazes ne « suppriment » pas la mitsva ce jour-là : ils en retardent l’accomplissement public jusqu’à Min’ha. Deuxièmement, cette attente n’est pas due au jeûne en lui-même. On met normalement les Téfilines lors des autres jeûnes publics. Ici, c’est le deuil exceptionnel de Ticha BeAv et la qualification des Téfilines comme pe’er, une parure, qui expliquent leur absence pendant l’office du matin.2740

À Cha’harit : la parure demeure voilée

Le fidèle porte son Talit katan sous ses vêtements, selon la formulation de Maran, mais ne s’enveloppe pas du Talit gadol et ne met pas les Téfilines pour Cha’harit. La Michna Beroura rattache cet usage à la disparition de la « splendeur d’Israël » évoquée dans Eikha : le matin, lorsque le deuil est vécu avec sa plus grande intensité, la parure reste absente.39

À Min’ha : Talit et Téfilines avec bénédictions

À l’office de Min’ha, on s’enveloppe du Talit et l’on met les Téfilines en récitant les bénédictions habituelles. Ce retour de la parure au cours de l’après-midi accompagne l’allègement progressif de certaines marques de deuil. La Michna Beroura, au nom du Gaon de Vilna, relie aussi ce moment au début de l’incendie du Temple : paradoxalement, le déversement de la colère divine sur le bois et les pierres contient déjà une dimension de consolation pour Israël. Elle rapporte également une seconde explication : on manifeste ainsi, dès ce même jour, l’espérance de la consolation.41 Cette pose de Min’ha n’est donc ni facultative ni purement symbolique. Elle constitue l’accomplissement quotidien de la mitsva pour celui qui n’a pas mis les Téfilines le matin. Il convient de les apporter à la synagogue, d’arriver assez tôt pour les poser sans précipitation et de suivre l’ordre du sidour ainsi que les indications du rav du minyan.2341

Et les Téfilines de Rabbénou Tam ?

La Michna Beroura précise que celui qui porte les Téfilines de Rabbénou Tam chaque jour les met également à Min’ha de Ticha BeAv. Le Aroukh HaChoul’han rapporte toutefois une conduite différente, selon laquelle on ne les met pas ce jour-là, tout en signalant que certains les mettent. Un fidèle ashkénaze suit donc son minhag reçu et l’indication de son rav. Il ne s’agit pas d’introduire à Ticha BeAv une nouvelle pratique de Rabbénou Tam.41
Cadre communautaire Cha’harit Min’ha Référence directrice
Minhag ashkénaze courant Sans Talit gadol ni Téfilines ; Talit katan sous les vêtements. Talit et Téfilines avec bénédictions. Choul’han Aroukh 555,1 ; Michna Beroura 555.
Minhag séfarade suivant Maran Office public sans Téfilines ; selon le Yalkout Yossef, pose privée préalable avec le Chéma. Nouvelle pose avec bénédictions. Choul’han Aroukh 555,1 ; Yalkout Yossef 555, § 1.
Minhag ancien de Jérusalem Talit et Téfilines à Cha’harit ; retrait au moment fixé par le rite local. Selon l’organisation du rite local. Ye’havé Da’at II, 67 ; ‘Hazon ‘Ovadia ; Kaf Ha’haïm 555,4.
En résumé pour le minhag ashkénazeOn prie généralement Cha’harit sans Talit gadol ni Téfilines, puis on met les deux à Min’ha avec bénédictions. Pour Rabbénou Tam, la Michna Beroura demande à celui qui les porte chaque jour de les mettre également à Min’ha, tandis que le Aroukh HaChoul’han rapporte une autre conduite. Chacun suit son minhag reçu. Dans une synagogue où le rite établi diffère, on consulte le rav et l’on préserve l’unité du minyan.

Chapitre 9

Pourquoi remet-on les Téfilines à Min’ha ?

Attendre Min’ha ne signifie pas que Ticha BeAv serait terminé. Le jeûne et ses interdictions se poursuivent jusqu’à la nuit. Ce qui change au cours de l’après-midi est l’expression visible du deuil : après le cœur des Kinot et de la lamentation matinale, certaines marques commencent à s’alléger. Le Choul’han Aroukh traduit ce passage en prescrivant précisément Talit et Téfilines à Min’ha, avec bénédictions.23

La consolation commence au sein même du deuil

La Michna Beroura rapporte deux éclairages complémentaires. Selon le Gaon de Vilna, l’après-midi rappelle le moment où le feu fut mis au Temple ; pourtant, le fait que la colère divine se soit déversée sur le bois et les pierres contient déjà une forme de miséricorde envers Israël. Selon une autre explication, remettre la « parure » manifeste que la consolation commence symboliquement le jour même de la destruction.4142 Le geste est donc profondément équilibré. Le matin, l’absence des Téfilines donne une forme corporelle à la perte du pe’er. À Min’ha, leur retour affirme que l’alliance entre Hachem et Israël demeure entière. Les boîtiers noirs n’effacent pas la douleur : ils l’inscrivent dans une fidélité qui survit à la destruction.41
Cha’harit La parure est retiréeLa prière et les Kinot expriment la profondeur du deuil national.
Après ‘hatsot Le deuil s’allègeCertaines manifestations extérieures évoluent, sans mettre fin au jeûne.12
Min’ha La mitsva redevient visibleTalit et Téfilines sont mis avec leurs bénédictions.23

Guide pratique

Que faire concrètement à Ticha BeAv ?

La préparation la plus importante se fait avant le jeûne : vérifiez l’usage de votre synagogue. Demandez si Talit et Téfilines sont portés à Cha’harit, à Min’ha, ou si une pose privée est recommandée avant l’office public. Mentionnez votre origine familiale au rav ; une étiquette générale comme « séfarade » ne suffit pas toujours à identifier le minhag précis.133
  1. Avant le jeûne : demandez au rav ou au responsable compétent quel est l’usage public du minyan.
  2. Préparez votre sac : Talit, Téfilines de Rachi et, si vous les portez quotidiennement, Téfilines de Rabbénou Tam, en conservant les règles habituelles de bénédiction.
  3. Si le kahal suit Cha’harit : mettez-les avec les bénédictions conformément au rite local, puis retirez-les au moment prévu par le rite local.34
  4. Si le kahal attend Min’ha : suivez l’éventuelle pose privée indiquée par votre autorité, puis mettez Talit et Téfilines à Min’ha avec bénédictions.123
  5. Pendant la pose : procédez calmement comme un jour ordinaire, selon votre sidour, sans inventer de texte ou de bénédiction propre à Ticha BeAv.
  6. En cas particulier : maladie, arrivée tardive, oubli, voyage ou synagogue d’un autre rite : demandez une instruction personnelle au rav.
Fidèle préparant ses Téfilines et son Talit avant Min'ha de Ticha BeAv
Préparer Talit et Téfilines avant l’office permet d’accomplir la mitsva à Min’ha avec calme et kavod.
Si vous souhaitez revoir le placement du chel yad et du chel roch avant le jeûne, consultez notre guide sur la pose des Téfilines. Pour un gaucher, un ambidextre ou une dominance croisée, le guide consacré au choix du bras détaille les cas qui nécessitent l’avis d’un rav ou l’adaptation du nœud par un Sofer.

Point particulier

Et les Téfilines de Rabbénou Tam à Ticha BeAv ?

Selon le Yalkout Yossef, celui qui porte chaque jour les Téfilines de Rabbénou Tam les met également à Ticha BeAv, au moment retenu par son minhag. Dans l’usage ancien de Beit El et de Jérusalem, les paires de Rachi et de Rabbénou Tam sont rapportées à Cha’harit. Selon l’usage qui attend Min’ha, la Michna Beroura demande également à celui qui les porte quotidiennement de les mettre à Min’ha. Le Aroukh HaChoul’han rapporte toutefois une autre conduite pour le minhag ashkénaze.283641 Ticha BeAv n’est pas le moment d’adopter seul une nouvelle pratique de Rabbénou Tam. Celui qui ne les porte pas habituellement demande conseil à son rav. Pour comprendre la différence entre les deux ordres de parchemins et la conduite séfarade, lisez notre dossier sur les Téfilines de Rabbénou Tam.

Réponses rapides

FAQ : Téfilines et Ticha BeAv

Met-on les Téfilines à Ticha BeAv ?

Oui. Dans de nombreuses communautés, on les met à Min’ha avec bénédiction. Selon le minhag ancien de Jérusalem et certaines traditions séfarades, on les met dès Cha’harit. Il faut suivre le minhag établi de sa communauté.123

Pourquoi beaucoup ne les mettent-ils pas le matin ?

Les Téfilines sont appelées pe’er, une « parure ». Beaucoup de communautés retirent cette parure pendant la partie la plus intense du deuil, puis la remettent à Min’ha.427

Quel est le minhag séfarade ?

Il n’existe pas un seul usage séfarade. Le minhag ancien de Jérusalem porte Talit et Téfilines à Cha’harit. D’autres communautés suivent la pratique codifiée par Maran et les mettent publiquement à Min’ha. Le Yalkout Yossef indique, dans ce second cadre, une pose privée préalable avec le Chéma.134

Récite-t-on les bénédictions à Min’ha ?

Oui, selon la conduite codifiée par le Choul’han Aroukh, on met à Min’ha le Talit et les Téfilines avec leurs bénédictions. On suit la formulation habituelle de son rite.23

Met-on également les Téfilines de Rabbénou Tam ?

Selon le Yalkout Yossef et la Michna Beroura, celui qui les porte quotidiennement les met aussi à Ticha BeAv, au moment correspondant à son minhag. Certains décisionnaires ashkénazes ont une autre conduite. Celui qui ne les porte pas habituellement ne commence pas ce jour-là sans consulter son rav.2841

Que faire si ma synagogue suit un autre minhag que ma famille ?

Ne créez pas deux conduites publiques concurrentes. Expliquez votre tradition au rav avant le jeûne ; il vous indiquera comment préserver votre minhag personnel tout en respectant l’unité du minyan.33

La conclusion en une phraseÀ Ticha BeAv, les Téfilines ne disparaissent pas : selon le minhag, leur parure est portée à Cha’harit ou rendue visible à Min’ha, toujours avec fidélité à la halakha et à l’unité de la communauté.

Pour poursuivre sur Sofrout.com

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Sources principales

  1. Yalkout Yossef, Hilkhot Ticha BeAv, siman 555, §§ 1 à 2 ; Rav ‘Ovadia Yossef, Ye’havé Da’at, II, siman 67, et VI, siman 2 ; ‘Hazon ‘Ovadia, Arba Ta’aniyot, lois de Ticha BeAv, discussion sur le Talit et les Téfilines ; Halikhot ‘Olam, II, p. 158.
  2. Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 38,6.
  3. Roch, Ta’anit IV, 37 ; voir également la présentation des avis dans Ye’havé Da’at, II, siman 67.
  4. Ye’hezkel 24,15 à 18, en particulier le verset 17.
  5. Radak sur Ye’hezkel 24,17.
  6. Talmud Bavli, Soucca 25a à 25b ; voir également Berakhot 11a.
  7. Talmud Bavli, Mo’ed Katan 15a ; Choul’han Aroukh, Yoré Dé’a 388,1.
  8. Talmud Bavli, Berakhot 6a, à propos de Devarim 28,10.
  9. Michna et Talmud Bavli, Ta’anit 30a.
  10. Talmud Bavli, Ta’anit 30a ; Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 554,1 et 2.
  11. Tehillim 19,9 ; Ta’anit 30a ; Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 554,1.
  12. Tour, Ora’h ‘Haïm 555 ; Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 559,3.
  13. Talmud Bavli, Mo’ed Katan 21a ; Rambam, Hilkhot Avel 4,9 ; Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 38,5 ; Yoré Dé’a 388,1.
  14. Techouvot HaGuéonim, Cha’aré Techouva, siman 155, réponse attribuée à Rav Chachna Gaon.
  15. Techouvot HaRachba, V, siman 214 ; Ramban, Torat HaAdam, Cha’ar HaAvel, Inyan Avelout Yechana.
  16. Tossafot sur Mo’ed Katan 21b, s.v. מכאן ; Roch, Ta’anit IV, siman 37.
  17. Maharam de Rothenburg, Hilkhot Sema’hot, siman 51, cité par le Roch, Ta’anit IV, 37 ; Rokéa’h, siman 310, sur Eikha 2,6 et 2,1.
  18. Raavad, Tamim Dé’im, siman 40.
  19. Rambam, Hilkhot Ta’aniyot 5,11 ; Maguid Michné, ad loc.
  20. Méïri, Beit HaBe’hira, Ta’anit 30a.
  21. Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 38,6 ; Ora’h ‘Haïm 555,1.
  22. Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 38,6 ; voir le Beit Yossef, Ora’h ‘Haïm 38.
  23. Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 555,1 : absence du Talit et des Téfilines à Cha’harit selon le minhag rapporté, puis pose à Min’ha avec bénédictions.
  24. Beit Yossef, Ora’h ‘Haïm 555, au nom des usages rapportés par les Richonim ; Hagahot Maïmoniyot, Hilkhot Ta’aniyot 5,11, note 3.
  25. Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 30 et 555,1 : le temps de la mitsva se poursuit pendant la journée et, selon le minhag rapporté pour Ticha BeAv, elle est accomplie à Min’ha avec bénédiction.
  26. Talmud Bavli, Berakhot 14b ; Méïri, Beit HaBe’hira, ad loc. ; Rama MiPano, Alfassi Zouta, Berakhot 14b.
  27. Maguen Avraham, Ora’h ‘Haïm 555,1 ; Michna Beroura 555, paragraphes 1 à 3.
  28. Kaf Ha’haïm, Ora’h ‘Haïm 555,4 ; ‘Hessed LaAlafim, Ora’h ‘Haïm 38,3 ; Rav ‘Ovadia Yossef, Ye’havé Da’at, II, siman 67 ; ‘Hazon ‘Ovadia, Arba Ta’aniyot, lois de Ticha BeAv ; Halikhot ‘Olam, II, p. 158.
  29. Ben Ich ‘Haï, première année, parachat Devarim, § 25.
  30. Rav Chalom Messas, Chemech Oumaguen, II, Ora’h ‘Haïm, siman 6, et III, siman 7 ; voir également le Kitsour Choul’han Aroukh du Rav Refaël Baroukh Tolédano, lois de Ticha BeAv.
  31. Étude des sources et témoignage sur le minhag contemporain d’Aram Tsova ; Yalkout Yossef, siman 555, § 1.
  32. Or LéTsion, III, chapitre 29, question 22, les différents minhaguim peuvent être maintenus, avec préférence exprimée pour Cha’harit ; Yalkout Yossef, siman 555, § 1, sur l’unité de la pratique publique et lo titgodedou.
  33. Rav ‘Ovadia Yossef, Ye’havé Da’at, II, siman 67 ; ‘Hazon ‘Ovadia, Arba Ta’aniyot, lois de Ticha BeAv, discussion sur le Talit et les Téfilines ; Halikhot ‘Olam, II, p. 158.
  34. ‘Haïm Va’Hessed du Rav ‘Haïm Its’hak Moussafia, Kountrass ‘Hidouché Dinim méRabbané Yerouchalaïm, année 5269 ; cité dans Ye’havé Da’at, II, siman 67.
  35. ‘Hessed LaAlafim, Ora’h ‘Haïm 38,3 ; Kaf Ha’haïm, Ora’h ‘Haïm 555,4 ; Iyyé HaYam, p. 62, sur le minhag de Beit El.
  36. Kiryat ‘Hanna David, II, Kountrass BeChouv David, siman 7, p. 145, colonne d ; passage cité et discuté dans Ye’havé Da’at, II, siman 67.
  37. Yalkout Yossef, Hilkhot Ticha BeAv, siman 555, §§ 1 à 2 : maintien du minhag local, pose privée recommandée lorsque le kahal attend Min’ha et nécessité d’une conduite publique commune.
  38. Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 555,1 ; Michna Beroura 555, paragraphes 1 et 2 ; ‘Hayé Adam 135,18.
  39. Aroukh HaChoul’han, Ora’h ‘Haïm 555,2, sur le minhag reçu à Cha’harit et le caractère exceptionnel du deuil de Ticha BeAv.
  40. Michna Beroura, siman 555, paragraphes 3 et 4 : pose du Talit et des Téfilines à Min’ha, explications du minhag et pose de Rabbénou Tam pour celui qui en a l’usage quotidien ; Aroukh HaChoul’han, Ora’h ‘Haïm 555,2, qui rapporte une conduite différente pour Rabbénou Tam.
  41. Talmud Bavli, Ta’anit 29a : le feu fut mis au Temple vers la fin du 9 av et continua de brûler le 10 av.

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