Pourquoi ne met-on pas les Tefilines le Chabbat ?
Téfilines et Chabbat
Les Téfilines sont une Mitsva quotidienne d’une immense sainteté. Pourtant, nous ne les portons ni le Chabbat ni les jours de Yom Tov. La Halakha va même plus loin : elle interdit de les mettre pendant ces jours saints.
Pourquoi un jour plus saint supprime-t-il précisément le besoin d’un objet aussi sacré ? La réponse se trouve dans la notion de ot, le signe de l’alliance entre Hachem et le peuple d’Israël.
Les Téfilines sont le signe porté durant les jours de semaine. Le Chabbat constitue lui-même un signe entre Hachem et Israël.
Réponse essentielle : les Téfilines sont appelées un ot, un signe de l’alliance entre Hachem et Israël. Or le Chabbat et les fêtes sont eux aussi appelés un ot. Lorsque le signe du Chabbat est présent, il n’est pas nécessaire d’y ajouter celui des Téfilines. Le Choul’han Aroukh précise même que porter cet autre signe constituerait une dévalorisation du signe propre au Chabbat.
1. Les deux enseignements de la Guemara
La Guemara, dans le traité Mena’hot 36b, rapporte deux enseignements permettant de comprendre pourquoi la Mitsva des Téfilines ne s’applique pas le Chabbat et les jours de fête.
Premier enseignement : « des jours », mais pas tous les jours
La Torah déclare à la fin de la première Paracha contenue dans les Téfilines :
« Tu observeras cette prescription en son temps, de jour en jour. »
Source : Chemot 13,10.
Rabbi Yossi Haguelili comprend les mots miyamim yamima, « de jours en jours », comme une limitation : la Torah parle de certains jours, mais non de tous les jours.
« Des jours », mais non tous les jours. Cela exclut le Chabbat et les jours de fête.
Cette déduction dépend de l’opinion selon laquelle l’expression « cette prescription » désigne ici la Mitsva des Téfilines. Rabbi Akiva considère, pour sa part, que ce verset se rapporte à la Mitsva de Pessa’h. Il apprend donc l’exemption du Chabbat à partir d’une autre source.
Deuxième enseignement : le Chabbat est lui-même un signe
La Torah dit au sujet des Téfilines :
« Ce sera pour toi un signe sur ton bras et un mémorial entre tes yeux. »
Source : Chemot 13,9.
Rabbi Akiva enseigne que les Téfilines sont nécessaires durant les jours ordinaires parce qu’elles constituent un ot, un signe visible de notre lien avec Hachem.
Mais le Chabbat possède déjà ce statut. Hachem déclare au sujet du Chabbat :
« Car il est un signe entre Moi et vous pour toutes vos générations. »
Source : Chemot 31,13.
La Torah répète quelques versets plus loin :
« Entre Moi et les enfants d’Israël, il constitue un signe pour toujours. »
Source : Chemot 31,17.
Ce dernier verset est récité chaque Chabbat matin dans le Kiddouch.
2. Quelle est la fonction de ce « signe » ?
Le signe des Téfilines et celui du Chabbat expriment plusieurs fondements essentiels de la foi juive.
La sortie d’Égypte
Les Téfilines rappellent que Hachem nous a libérés d’Égypte par Sa puissance. Le Chabbat rappelle lui aussi cette délivrance dans le Kiddouch et la Tefila.
La Création
Le repos du Chabbat témoigne que Hachem a créé le monde en six jours et a cessé Son œuvre le septième jour.
L’alliance avec Israël
Les Téfilines et le Chabbat manifestent tous deux le lien particulier qui unit Hachem au peuple d’Israël.
Durant la semaine, nous portons ce témoignage sur notre corps : sur le bras, face au cœur et à l’action, et sur la tête, face à l’intelligence et à la pensée.
Le Chabbat, notre manière de vivre la journée entière devient elle-même ce témoignage. Le repos des travaux interdits, les prières, le Kiddouch, les repas et la sainteté du jour proclament notre alliance avec Hachem.
3. Pourquoi est-il interdit, et pas seulement facultatif ?
Le Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 31,1, tranche :
Il est interdit de mettre les Téfilines le Chabbat et les jours de fête, car ces jours sont eux-mêmes un signe. Ajouter un autre signe reviendrait à dévaloriser leur propre signe.
L’absence de Téfilines pendant Chabbat n’est donc ni un manque, ni un relâchement dans l’accomplissement de la Mitsva.
Au contraire, elle exprime la grandeur du jour : le Chabbat possède déjà la force spirituelle que les Téfilines manifestent pendant la semaine.
4. Le Chabbat remplace-t-il réellement les Téfilines ?
Le mot « remplacer » doit être compris correctement. Le Chabbat n’est pas une autre sorte de Téfilines, et les deux Mitsvot ne sont évidemment pas identiques.
Cependant, elles partagent la fonction d’être un ot, un signe de l’alliance. La Torah nous demande donc de porter le signe des Téfilines pendant les jours où le signe du Chabbat ou de Yom Tov n’est pas présent.
Le Rambam résume cette règle dans les lois des Téfilines : les Chabbatot et les jours de fête ne sont pas les moments de la Mitsva des Téfilines, puisqu’ils constituent eux-mêmes un signe. Voir Michné Torah, Hilkhot Téfilines 4,10.
5. Qu’en est-il de Yom Tov et de ‘Hol Hamoed ?
Les jours de Yom Tov, durant lesquels les travaux sont interdits, ont eux aussi le statut de signe. On n’y met donc pas les Téfilines.
Concernant ‘Hol Hamoed, il existe une importante divergence entre les communautés et les décisionnaires. Le Choul’han Aroukh considère que l’on ne met pas les Téfilines, tandis que le Rama rapporte la coutume de certaines communautés ashkénazes de les porter. En pratique, chacun doit suivre le Minhag de sa communauté et la décision de son Rav.
En Israël, la pratique largement répandue, tant chez les Séfarades que dans de nombreuses communautés ashkénazes, est de ne pas porter les Téfilines pendant ‘Hol Hamoed.
6. Une leçon spirituelle pour chaque semaine
Le vendredi, nous retirons les Téfilines après la prière du matin, puis nous ne les remettons que le dimanche matin. Cette interruption ne diminue pas notre attachement à la Mitsva.
Elle nous rappelle au contraire que le lien avec Hachem ne s’exprime pas toujours de la même manière :
- durant la semaine, par le signe des Téfilines ;
- le Chabbat, par la sainteté du jour lui-même ;
- durant la semaine, par l’action et l’effort ;
- le Chabbat, par le repos, la prière, l’étude et la joie de la Néchama.
Ne pas mettre les Téfilines le Chabbat n’est donc pas une absence de signe. C’est reconnaître qu’un signe plus vaste enveloppe déjà toute la journée.
Questions fréquentes
Est-on simplement dispensé de mettre les Téfilines le Chabbat ?
Non. La Halakha interdit de les porter le Chabbat et Yom Tov, car ces jours sont eux-mêmes appelés un signe.
Pourquoi les Téfilines et le Chabbat sont-ils tous deux appelés un signe ?
Ils témoignent de l’alliance entre Hachem et Israël, de la sortie d’Égypte et de notre foi dans la Création et la Providence divine.
Met-on les Téfilines pendant Yom Tov ?
Non. Les jours de Yom Tov sont eux aussi considérés comme un signe et l’on n’y porte pas les Téfilines.
Met-on les Téfilines pendant ‘Hol Hamoed ?
Les coutumes divergent. Les Séfarades suivent le Choul’han Aroukh et ne les mettent pas. Certaines communautés ashkénazes les portent, tandis que beaucoup d’autres ne les portent pas. Il faut suivre son Minhag et son Rav.
Pourquoi recommence-t-on à mettre les Téfilines le dimanche ?
Après la fin de Chabbat, le signe particulier du jour saint n’est plus présent. La Mitsva quotidienne des Téfilines reprend donc le dimanche matin.
Sources principales :
- Chemot 13,9-10
- Chemot 31,13 et 31,17
- Guemara Mena’hot 36b
- Rachi sur Mena’hot 36b
- Rambam, Hilkhot Téfilines 4,10
- Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 31,1-2
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