Les femmes peuvent-elles mettre les tefilines?
Halakha des Téfilines
Les femmes sont-elles tenues de mettre les Téfilines, et peuvent-elles choisir de les porter volontairement ?
La réponse demande de distinguer trois niveaux : l’obligation fondamentale, les récits talmudiques particuliers et la décision pratique retenue par les autorités halakhiques.
Réponse pratique : les femmes sont dispensées de la Mitsva des Téfilines, car il s’agit d’une Mitsva positive dépendant du temps. Selon la décision du Choul’han Aroukh et du Rama, la pratique retenue n’est pas qu’elles les portent volontairement. Une femme désireuse de progresser dans les Mitsvot dispose de nombreuses obligations et voies d’élévation qui lui sont pleinement destinées.
1. La règle fondamentale : une Mitsva positive dépendant du temps
La Michna enseigne que les femmes sont dispensées des Mitsvot positives dont l’accomplissement dépend d’un moment déterminé. Les Téfilines entrent dans cette catégorie puisqu’elles ne sont pas portées la nuit, le Chabbat ni les jours de Yom Tov.
Le Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 38,3, formule clairement la règle :
« Les femmes et les serviteurs sont dispensés des Téfilines, car il s’agit d’une Mitsva positive dépendant du temps. »
Il faut souligner qu’être dispensée ne signifie ni infériorité spirituelle ni exclusion générale de la Torah. Cela signifie simplement que la Torah n’a pas imposé cette obligation précise aux femmes.
2. Mikhal, fille du roi Chaoul, portait-elle les Téfilines ?
La Guemara, dans le traité Erouvin 96a, rapporte que Mikhal, fille du roi Chaoul, portait les Téfilines.
Mikhal, fille de Kouchi, portait les Téfilines, et les Sages ne protestèrent pas contre elle.
Ce passage montre qu’une pratique individuelle de ce type a existé à l’époque talmudique. Cependant, la Guemara ne présente pas Mikhal comme la norme destinée à toutes les femmes. Elle utilise son cas dans une discussion plus large sur le statut des Mitsvot facultatives et sur la définition d’une Mitsva dépendant du temps.
Point de précision : l’ancien article affirmait que le Talmud disait directement que les Sages avaient protesté contre Mikhal. Le texte du Talmud de Babylone conservé dans Erouvin 96a dit au contraire qu’ils ne protestèrent pas. Certaines traditions ou sources parallèles rapportent une position différente, mais elles ne doivent pas être confondues avec la formulation explicite du Bavli.
3. Pourquoi la Halakha pratique ne recommande-t-elle pas cette conduite ?
Le Rama ajoute au même paragraphe du Choul’han Aroukh :
« Si les femmes souhaitent s’imposer cette pratique, on s’y oppose. »
Les commentateurs expliquent cette décision notamment par les exigences très strictes liées au port des Téfilines :
Propreté du corps
Les Téfilines nécessitent une vigilance permanente concernant la propreté corporelle et le respect dû à leur sainteté.
Concentration
Il faut éviter de détourner son attention de leur sainteté pendant qu’on les porte.
Tradition halakhique
La pratique normative des communautés d’Israël n’a pas retenu le port des Téfilines par les femmes.
Ces exigences ne sont pas propres aux femmes. Les hommes eux-mêmes doivent respecter de nombreuses conditions et ne peuvent porter les Téfilines avec négligence. La différence est que les hommes y sont obligés, tandis que les femmes en sont dispensées.
4. Le motif des vêtements masculins
Certains textes anciens ont associé le port des Téfilines et des Tsitsit à l’interdiction faite à une femme de porter un objet spécifiquement masculin, mentionnée dans Devarim 22,5.
Cette explication est notamment rapportée dans le Targoum Yonathan sur Devarim 22,5.
Correction importante : cette interprétation ne doit pas être attribuée au Targoum Onkelos. Onkelos traduit le verset de façon beaucoup plus littérale. L’ajout explicite concernant les Tsitsit et les Téfilines se trouve dans le Targoum Yonathan, souvent appelé Targoum Pseudo-Yonathan dans les éditions modernes.
En pratique, l’argument principal du Choul’han Aroukh reste cependant celui de la Mitsva positive dépendant du temps, complété par la décision des autorités halakhiques de ne pas encourager cette pratique.
5. L’approche de la Kabbala
Les enseignements du Ari zal présentent les Téfilines comme correspondant à des réparations spirituelles particulières liées à la structure des Mitsvot confiées aux hommes.
Dans la tradition séfarade, qui suit à la fois Maran le Choul’han Aroukh et les enseignements du Ari zal, les femmes ne portent donc pas les Téfilines.
Il est préférable de présenter cette conclusion sans affirmer que les femmes seraient moins saintes ou moins proches d’Hachem. La Torah leur confie d’autres Mitsvot, responsabilités et voies d’élévation qui possèdent leur propre grandeur.
6. Quelle conduite adopter aujourd’hui ?
Lorsqu’une question de ce type apparaît dans un contexte contemporain, il convient de répondre avec fermeté halakhique, mais aussi avec dignité et respect.
- La Halakha traditionnelle dispense les femmes des Téfilines.
- La pratique normative retenue ne recommande pas qu’elles les portent volontairement.
- Il n’est pas nécessaire d’employer un langage insultant ou de nier la judéité de personnes qui suivent d’autres courants.
- La bonne réponse consiste à exposer clairement les sources et la pratique reçue par les communautés fidèles au Choul’han Aroukh.
Une femme souhaitant renforcer son lien avec Hachem peut se consacrer à l’étude de la Torah qui lui est nécessaire, à la Tefila, au Chabbat, à la Tsédaka, aux lois des Berakhot, à la pureté familiale lorsqu’elles la concernent, au ‘Hessed et aux nombreuses Mitsvot qui lui sont pleinement confiées.
Questions fréquentes
Les femmes ont-elles l’obligation de mettre les Téfilines ?
Non. Elles en sont dispensées parce que les Téfilines constituent une Mitsva positive dépendant du temps.
Une femme peut-elle les mettre volontairement ?
Selon la décision normative du Choul’han Aroukh et du Rama, cette pratique n’est pas retenue et ne doit pas être encouragée.
Pourquoi Mikhal, fille de Chaoul, portait-elle les Téfilines ?
La Guemara rapporte son cas comme une pratique individuelle. Ce récit ne constitue pas la décision halakhique générale destinée à toutes les femmes.
Le Targoum Onkelos interdit-il les Téfilines aux femmes ?
Non. L’interprétation reliant explicitement les Téfilines à l’interdiction des vêtements masculins se trouve dans le Targoum Yonathan sur Devarim 22,5, et non dans Onkelos.
Cette dispense signifie-t-elle que les femmes ont moins de valeur spirituelle ?
Absolument pas. Une dispense halakhique ne constitue pas un jugement sur la valeur spirituelle. Les hommes et les femmes ont des obligations différentes et complémentaires dans la Torah.
Sources halakhiques principales :
- Michna Kiddouchin 1,7, règle des Mitsvot positives dépendant du temps
- Talmud Bavli, Erouvin 96a
- Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 38,3
- Rama sur Ora’h ‘Haïm 38,3
- Kol Bo, lois des Téfilines
- Or’hot ‘Haïm, Hilkhot Téfilines
- Targoum Yonathan sur Devarim 22,5
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